Kamakura : Le grand Bouddha et les temples incontournables à visiter

À moins d'une heure de Tokyo en train, Kamakura est l'une de ces destinations qui semblent appartenir à un autre Japon, plus ancien, plus silencieux, plus proche de ce que l'on imagine quand on pense aux temples, aux bouddhas et aux samouraïs. Ancienne capitale du Japon féodal entre 1185 et 1333, cette ville côtière nichée entre la mer et les collines boisées de la péninsule de Miura concentre sur un territoire relativement compact une densité de temples, de sanctuaires et de trésors historiques qui rivalise avec Kyoto, sans en avoir la réputation ni la fréquentation. Le grand Bouddha de Kamakura, assis en plein air depuis près de huit siècles, est l'image la plus connue de la ville, mais il n'est que la porte d'entrée d'un patrimoine bien plus vaste et bien plus surprenant. Voici le guide complet pour ne rien manquer de Kamakura.
Kamakura : ancienne capitale du Japon féodal
Comprendre ce que Kamakura représente dans l'histoire japonaise, c'est comprendre pourquoi cette ville est si différente des autres destinations touristiques du pays et pourquoi son patrimoine est d'une importance et d'une qualité si remarquables.
Une ville chargée de douze siècles d'histoire
Kamakura n'est pas simplement une belle ville de province avec quelques temples. C'est l'ancienne capitale d'un régime militaire, le shogunat de Kamakura, qui a gouverné le Japon pendant près de cent cinquante ans et qui a profondément transformé la culture, la religion et la société japonaises.
Tout commence en 1185, lorsque le guerrier Minamoto no Yoritomo remporte la guerre des Genpei contre le clan rival des Taira et établit son gouvernement militaire, le bakufu, à Kamakura. Le choix de cette ville n'est pas anodin : entourée de collines sur trois côtés et ouverte sur la mer au sud, elle est naturellement défendable et suffisamment éloignée de Kyoto, siège de la cour impériale, pour affirmer l'indépendance du nouveau pouvoir militaire.
Pendant la période de Kamakura, entre 1185 et 1333, la ville connaît un développement extraordinaire. Des dizaines de temples bouddhistes, principalement zen, sont construits sous le patronage des shoguns et des grandes familles guerrières. Le bouddhisme zen, introduit depuis la Chine pendant cette période, trouve dans la culture des samouraïs un terrain particulièrement fertile et façonne durablement l'esthétique, la philosophie et les pratiques spirituelles de la classe guerrière japonaise. C'est cet héritage religieux et culturel exceptionnel qui fait de Kamakura une destination incontournable pour comprendre le Japon dans toute sa profondeur historique.
Quelle période choisir pour visiter Kamakura ?
Kamakura est une destination toutes saisons, chacune offrant une expérience et une atmosphère distinctes.
Le printemps est la période la plus populaire, avec la floraison des cerisiers en avril qui transforme les allées des temples en corridors de pétales roses et blancs d'une beauté saisissante. La floraison des pivoines au temple Engaku-ji et des wistérias au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu prolonge le spectacle floral jusqu'en mai. La fréquentation est élevée les week-ends mais reste gérable en semaine.
L'automne, entre octobre et novembre, offre les rougeurs spectaculaires des érables japonais qui habillent les forêts entourant les temples de teintes rouges et orangées d'une intensité remarquable. C'est pour beaucoup la plus belle saison à Kamakura, avec une lumière d'automne particulièrement flatteuse pour la photographie et des températures idéales pour les longues promenades entre les temples.
L'été est chaud et humide, mais Kamakura bénéficie de la brise marine qui rend les températures plus supportables qu'à Tokyo. La plage de Yuigahama et de Zaimokuza attire les Tokyoïtes en masse les week-ends de juillet et août, ce qui crée une atmosphère festive mais très fréquentée. Pour les temples, partez tôt le matin pour éviter la chaleur et la foule.
L'hiver est la saison la moins fréquentée et celle qui permet de vivre Kamakura dans le plus grand calme. Les jardins de mousses des temples zen sont particulièrement beaux après les pluies hivernales, et les rares journées de neige transforment la ville en un décor d'une beauté irréelle. Le grand Bouddha sous la neige est l'une des images les plus mémorables que Kamakura puisse offrir.
Le grand Bouddha et les temples bouddhistes
Le patrimoine bouddhiste de Kamakura est le cœur de la visite et la raison principale pour laquelle des millions de personnes font chaque année le voyage depuis Tokyo et du monde entier.
Le Kotoku-in et son grand Bouddha de bronze
Le Kotoku-in est le temple qui abrite le célèbre grand Bouddha de Kamakura, officiellement appelé Kamakura Daibutsu. Cette statue colossale de 11,3 mètres de hauteur et de 121 tonnes de bronze, représentant le Bouddha Amida en méditation, est l'une des images les plus iconiques et les plus reconnaissables de tout le Japon.
Ce qui frappe le plus au premier regard, c'est la sérénité du visage du Bouddha. Ses traits apaisés, son léger sourire et son regard mi-clos dirigé vers le bas créent une impression de paix et d'équanimité que peu de sculptures au monde parviennent à communiquer avec une telle intensité. Cette sérénité n'est pas seulement esthétique : elle est théologique, exprimant l'état de méditation profonde et d'éveil spirituel que le bouddhisme place au sommet de l'aspiration humaine.
La statue a été fondue en bronze entre 1252 et 1253, sous le shogunat de Kamakura, par les sculpteurs Ono Goroemon et Tanji Hisatomo. Elle était à l'origine abritée dans un bâtiment en bois, dont les traces des charnières sont encore visibles sur les côtés de la statue. Le bâtiment a été détruit par des typhons et un tsunami à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, laissant depuis lors le Bouddha exposé en plein air, ce qui lui confère une présence et une puissance visuelle que l'enfermement dans un édifice n'aurait jamais permises.
Il est possible de pénétrer à l'intérieur de la statue par deux fenêtres situées dans le dos, révélant la structure interne en bronze et les techniques de fonderie remarquables des artisans de l'époque. Cette visite intérieure, accessible pour un faible supplément, est une expérience originale et instructive qui donne une idée de la complexité et de l'ingéniosité de la construction.
Les temples zen incontournables de Kamakura
Kamakura compte cinq grands temples zen, les Kamakura Gozan ou "cinq montagnes de Kamakura", classés selon un système hiérarchique hérité de Chine pendant la période de Kamakura. Ces cinq temples, tous d'une beauté et d'un intérêt remarquables, constituent l'épine dorsale du patrimoine bouddhiste de la ville.
Le Engaku-ji, fondé en 1282 par le régent Hojo Tokimune pour commémorer les soldats morts lors des invasions mongoles, est le deuxième temple dans la hiérarchie des cinq montagnes et l'un des plus grands et des plus beaux complexes zen du Japon. Son Shariden, un petit pavillon abritant une dent du Bouddha, est le plus ancien bâtiment de style Song chinois encore debout au Japon et un trésor national. Au printemps, ses cerisiers et ses glycines en font l'un des endroits les plus photographiés de Kamakura.
Le Kencho-ji, fondé en 1253, est le premier et le plus important des cinq grands temples zen de Kamakura. Son allée d'entrée bordée de genévriers centenaires, ses bâtiments classés trésors nationaux et son jardin zen conçu selon des principes inspirés du bouddhisme zen chinois en font une visite incontournable. Le sentier qui part de derrière le temple et monte jusqu'au belvédère de Hansobo offre une vue panoramique sur Kamakura et la baie de Sagami qui récompense amplement l'effort de la montée.
Le Zuisen-ji, moins connu que les temples précédents mais particulièrement apprécié des connaisseurs, est célèbre pour son jardin zen conçu au XIVe siècle par le moine Muso Soseki, l'un des maîtres zen les plus influents de l'histoire japonaise. Son étang de lotus, spectaculaire en été, et ses grottes méditatives creusées dans la roche de la colline en font un espace d'une beauté et d'une sérénité exceptionnelles.
Les sanctuaires shinto et les trésors cachés
Kamakura n'est pas seulement une ville de temples bouddhistes. Ses sanctuaires shinto et ses sites moins connus offrent une dimension supplémentaire à la visite, souvent plus intime et plus surprenante.
Le sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu
Le Tsurugaoka Hachimangu est le sanctuaire shinto le plus important de Kamakura et l'un des sanctuaires dédiés à Hachiman, dieu de la guerre et protecteur des samouraïs, les plus vénérés du Japon. Fondé en 1063 et reconstruit dans sa forme actuelle en 1828, il occupe le centre géographique et symbolique de la ville, reliée à la mer par la grande allée de Wakamiya Oji dont les trois rangées de cerisiers constituent l'un des plus beaux spectacles de printemps de Kamakura.
L'accès au sanctuaire principal se fait par un escalier monumental de 61 marches qui offre depuis le sommet une vue dégagée sur toute la ville et la baie au loin. L'enceinte du sanctuaire abrite plusieurs bâtiments annexes, un étang aux lotus, un musée du trésor et de nombreux petits sanctuaires secondaires dédiés à diverses divinités. La visite en janvier permet d'assister aux cérémonies du Nouvel An, particulièrement solennelles et belles dans ce cadre.
Les sites méconnus qui valent le détour
Le Hokoku-ji, surnommé le "temple du bambou", est l'un des secrets les mieux gardés de Kamakura. Son jardin de bambous, où plusieurs milliers de tiges de bambou moso s'élèvent vers le ciel en créant un espace d'une sérénité et d'une beauté incomparables, est l'une des expériences les plus apaisantes que Kamakura puisse offrir. Un salon de thé installé au cœur de la bambouseraie permet de prendre le thé matcha en contemplant ce décor naturel d'exception.
Le Hasedera, temple bouddhiste dédié à Kannon, la déesse de la compassion, est célèbre pour sa statue de Kannon en bois de neuf mètres de hauteur, l'une des plus grandes statues en bois du Japon, et pour ses jardins qui offrent une vue panoramique sur la baie de Sagami et la ville de Kamakura. Son allée fleurie, ses grottes à bougies votive et sa collection de statuettes Jizo font de ce temple l'un des plus visuellement riches et des plus émouvants de la ville.
Les grottes de Zeniarai Benten, un sanctuaire shinto dédié à la déesse Benzaiten niché dans une gorge étroite accessible par un tunnel creusé dans la roche, est l'un des sites les plus originaux et les plus charmants de Kamakura. La tradition locale affirme que laver ses billets de banque dans la source sacrée qui jaillit dans les grottes multipliera sa fortune. La file de fidèles et de curieux qui viennent tenter l'expérience avec leurs portefeuilles et leurs billets crée une atmosphère à la fois drôle et touchante, typiquement japonaise dans son mélange de foi sincère et de pragmatisme.
Conseils pratiques pour visiter Kamakura
Kamakura est une destination bien organisée et facilement accessible depuis Tokyo, mais quelques informations pratiques permettent d'optimiser sa visite et d'éviter les pièges classiques.
Comment se déplacer et organiser sa journée ?
Depuis Tokyo, la façon la plus directe de rejoindre Kamakura est le train JR Yokosuka Line depuis la gare de Tokyo ou de Shinjuku, qui permet d'atteindre la gare de Kamakura en environ une heure. Le trajet est couvert par le Japan Rail Pass pour ceux qui en disposent. La ligne Odakyu depuis Shinjuku avec changement à Fujisawa pour la ligne Enoshima est une alternative légèrement plus longue mais qui permet d'inclure une visite à la charmante île d'Enoshima dans le même itinéraire.
Sur place, deux modes de déplacement dominent. Le vélo est de loin le moyen le plus agréable et le plus efficace pour explorer Kamakura : plusieurs loueurs proposent des vélos à quelques centaines de yens par heure à proximité de la gare, et les routes reliant les principaux temples sont praticables et bien signalées. La ligne Enoden, ce petit tramway qui serpente entre la mer et les collines en reliant Kamakura à Enoshima, est une expérience en elle-même et le meilleur moyen de rejoindre le Kotoku-in et le grand Bouddha depuis la gare principale.
Un itinéraire type pour une journée complète commence par le Tsurugaoka Hachimangu à l'ouverture, avant la foule. On remonte ensuite vers les temples zen du nord, Kencho-ji et Engaku-ji, en profitant de l'allée principale de Kamakura. L'après-midi est consacré au grand Bouddha et au Hasedera, accessibles en Enoden. La bambouseraie du Hokoku-ji et les grottes de Zeniarai Benten complètent idéalement la journée pour ceux qui disposent du temps et de l'énergie nécessaires.
Où manger et quoi rapporter ?
La gastronomie de Kamakura est dominée par quelques spécialités locales qui méritent d'être goûtées sur place.
Le shirasu, ou blanchaille fraîche pêchée dans la baie de Sagami, est la spécialité gastronomique emblématique de Kamakura. Servie crue sur du riz dans les restaurants de la ville, notamment autour de la plage de Yuigahama et dans la rue commerçante de Komachi-dori, elle est délicate, légèrement iodée et d'une fraîcheur incomparable. Les soba de Kamakura, préparées selon des techniques artisanales dans plusieurs restaurants de la ville, sont également très réputées et constituent un déjeuner idéal entre deux temples.
La rue commerçante Komachi-dori, qui relie la gare principale au sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu, est bordée de boutiques proposant les spécialités artisanales et alimentaires de la région. Les colombes en biscuit hato sable, en forme de pigeon symbole du sanctuaire Hachimangu, sont le souvenir le plus vendu et le plus typique de Kamakura. Les poteries, les objets en bois laqué et les articles en bambou fabriqués par les artisans locaux constituent des alternatives plus originales et plus durables à rapporter.
Découvrez également notre article : Les îles japonaises méconnues : Yakushima, Naoshima et Miyajima
FAQ - Questions fréquentes à propos de Kamakura au Japon
Kamakura mérite-t-elle une journée complète ou peut-on la visiter en demi-journée depuis Tokyo ?
Une demi-journée permet de voir le grand Bouddha et un ou deux temples, mais c'est vraiment insuffisant pour apprécier la richesse de Kamakura. Une journée complète est le minimum recommandé pour couvrir les principaux sites sans se sentir pressé. Pour vraiment explorer la ville en profondeur, incluant les sites moins connus et les promenades dans les collines, deux jours avec une nuit sur place est idéal. Kamakura dispose d'un bon choix d'hébergements, des guesthouses abordables aux ryokans traditionnels.
Peut-on monter sur le grand Bouddha de Kamakura ?
Non, il n'est pas possible de monter sur la statue. En revanche, il est possible de pénétrer à l'intérieur de la statue par deux fenêtres situées dans le dos, moyennant un supplément de 20 yens en plus du droit d'entrée standard de 300 yens pour le site. Cette visite intérieure, brève mais instructive, permet d'observer les techniques de fonderie utilisées au XIIIe siècle et la structure interne de la statue.
Le Japan Rail Pass est-il valable pour se rendre à Kamakura ?
Oui, le Japan Rail Pass couvre le trajet depuis Tokyo jusqu'à Kamakura sur la ligne JR Yokosuka. En revanche, il ne couvre pas la ligne Enoden, le petit tramway local qui dessert le grand Bouddha et plusieurs autres sites de la ville. Un ticket séparé est nécessaire pour l'Enoden, dont le tarif est très accessible, environ 300 yens par trajet.
Kamakura est-elle adaptée aux voyageurs à mobilité réduite ?
Partiellement. En effet, la gare principale et les rues commerçantes sont accessibles, de même que le sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu et le Kotoku-in avec le grand Bouddha. En revanche, de nombreux temples zen sont installés dans les collines et accessibles uniquement par des sentiers ou des escaliers non aménagés pour les personnes à mobilité réduite. Renseignez-vous auprès de chaque site avant votre visite pour connaître les conditions d'accessibilité spécifiques.
Y a-t-il des temples ou sanctuaires gratuits à Kamakura ?
Oui, plusieurs sites sont accessibles gratuitement ou pour un droit d'entrée symbolique. Le sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu est gratuit pour l'accès à l'enceinte principale. Les grottes de Zeniarai Benten sont accessibles librement. Certains petits temples et sanctuaires de la ville n'appliquent pas de droit d'entrée. Les cinq grands temples zen et le Kotoku-in facturent en revanche un droit d'entrée modeste, généralement entre 200 et 500 yens, largement justifié par la qualité et l'entretien des sites.






